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Manifestations à Paris : le témoignage bouleversant d'une maire, élue du Lot, gazée en station de métro

Roc-Amadour actualités
il y a 8 heures
7 min de lecture

Victime de gaz lacrymogène dans le métro à Paris, Gaëligue Jos, maman et maire dans le Lot, témoigne et appelle à mieux concilier libertés, sécurité et confiance démocratique.


                

Par Jean-Claude Bonnemère Publié le 19 oct. 2026


« Des mairies qui brûlent, des bâtiments publics dégradés, des commerces pillés… Ces images me bouleversent », déclare Gaëligue Jos, maman et maire à Saint-Michel-de-Bannières, dans le nord du département du Lot, conseillère générale du canton de Martel, de retour de la journée des manifestations le vendredi 16 octobre 2026, à Paris. L’élue témoigne de ce qu’elle a vécu, à l’occasion de son déplacement à Paris, où elle était inscrite pour un concert de Céline Dion. Elle nous partage comment les images de ce qu’elle a vu et ce qu’elle a vécu, suscitent en elle de la tristesse, de l’indignation et une profonde inquiétude pour notre société. L’élue s’inquiète tout autant de voir les violences occulter la parole de celles et ceux qui manifestent pacifiquement pour exprimer leurs difficultés, leurs préoccupations et leurs espoirs.


Profondément marquée par ce qu’elle a vécu au cours de ce week-end à Paris, alors qu’elle était venue initialement pour assister à un concert de Céline Dion, elle marche près d’une heure dans un cortège, au sein duquel elle échange avec des manifestants de tous âges, avant d’être prise au sein d’une scène éprouvante dans une station de métro où des gaz lacrymogènes ont été utilisés. Cette expérience l’a amenée à s’interroger sur le maintien de l’ordre, la protection des personnes et les moyens de renforcer la confiance entre citoyens et institutions. Elle nous partage sa réflexion, avec cet appel adressé en filigrane à chacun de nous : se poser des questions sereinement, sans procès d’intention ni renoncement au débat, entre droit de manifester, maintien de l’ordre et confiance en la République…


Témoignage de Gaëligue Jos, élue du Lot


 » Des mairies qui brûlent, des bâtiments publics dégradés, des commerces détruits ou pillés… Ces images suscitent en moi de la tristesse, de l’indignation et de profondes inquiétudes.

Il est tout aussi douloureux de voir les violences occuper le devant de la scène, au risque de faire oublier celles et ceux qui manifestent pacifiquement pour exprimer leurs inquiétudes, leurs difficultés et leurs revendications.

Ce week-end à Paris, j’ai vécu une situation qui m’a amenée à m’interroger sur le déroulement des manifestations et sur la manière dont le maintien de l’ordre est organisé. Un sujet que je ne découvre pas.

Derrière les manifestations, des inquiétudes qu’il faut entendre

À Paris pour le concert de Céline Dion vendredi, j’ai marché samedi pendant près d’une heure dans un cortège. J’y ai rencontré des jeunes, des moins jeunes et des retraités. Nous avons parlé de leurs inquiétudes, de leurs difficultés et de leur vision de l’avenir. J’ai apprécié ces échanges.

J’ai notamment entendu des parents préoccupés pour leurs enfants, des jeunes qui peinent à trouver une alternance ou à définir leur orientation, d’autres qui s’inquiètent de voir leur parcours de formation fragilisé. Ces échanges m’ont rappelé combien il est important de ne pas réduire une manifestation aux seules images d’affrontements ou de dégradations.


Au fil du cortège, j’ai également observé de petits groupes se former et remarqué la présence des forces de l’ordre. Je ne connais ni les informations dont elles disposaient ni les consignes qui leur étaient données. Cela m’a néanmoins amenée à me poser une question : avec les moyens techniques et les dispositifs d’observation aujourd’hui disponibles, comment les opérations sont-elles pilotées ? Comment les décisions sont-elles prises et coordonnées sur le terrain ?

Je n’avais pas de réponse à ces questions. La suite de la soirée m’a donné envie de les approfondir.


En quittant la manifestation pour rejoindre des amis, j’ai rencontré trois jeunes étudiantes qui rentraient elles aussi chez elles ou se rendaient au travail. La station de métro que nous souhaitions emprunter étant fermée pour des raisons de sécurité, nous avons rejoint ensemble une autre station.

Nous avons poursuivi nos échanges en marchant, autour de leurs motivations, de leurs inquiétudes et de leur perception de la situation.


J’ai été particulièrement sensible à la réflexion de l’une d’elles, qui reconnaissait spontanément la difficulté du travail des forces de l’ordre et la complexité du maintien de l’ordre. Elle évoquait aussi les contraintes professionnelles et familiales auxquelles les policiers peuvent être confrontés.


Cette empathie, cette capacité à nuancer et à considérer différents points de vue à 20 ans m’ont donné confiance. Notre discussion m’a marquée. Elle rappelait qu’on peut exprimer une colère, manifester et, dans le même temps, chercher à comprendre les contraintes de celles et ceux qui sont chargés de garantir la sécurité.

Puis nous sommes entrées dans le métro.

Dans le métro, une scène qui m’a bouleversée

Après quelques stations, la rame s’est arrêtée et les portes se sont ouvertes. C’est à ce moment-là que des gaz lacrymogènes ont été utilisés dans la station.

Je ne disposais d’aucune information sur le contexte opérationnel ni sur ce qui avait pu se passer ailleurs ou juste avant notre arrivée. À l’endroit où je me trouvais, je n’ai pas identifié de personnes commettant des dégradations ou troublant manifestement l’ordre public. J’ai surtout vu des voyageurs, des personnes qui rentraient chez elles et qui se sont retrouvées exposées aux gaz.

La scène m’a choquée, bouleversée.


J’ai vu des personnes en difficulté, une jeune femme prise d’une crise d’angoisse que nous avons essayé de rassurer, une dame qui ne se sentait pas bien. Des voyageurs ont spontanément cherché à s’entraider, partageant les moyens dont ils disposaient : du sérum physiologique, un mouchoir…


Un journaliste espagnol présent semblait lui aussi très surpris par la situation.


J’ai tenté de joindre Police Secours, sans parvenir à obtenir de réponse. Il y avait la provinciale, un peu paniquée, qui ne savait pas quoi faire, et la maire, habituée à obtenir une réponse lorsqu’elle appelle les services d’urgence.


Je ne suis pas en mesure d’affirmer ce qui avait motivé cette intervention ni de juger l’ensemble de son déroulement à partir de ce seul moment. Mais je peux témoigner de ce que j’ai vécu et des questions que cette scène a fait naître en moi.

Comment comprendre une intervention lorsque, sur place, on ne perçoit pas les éléments qui ont pu la justifier ? Comment mieux protéger les voyageurs et les personnes qui ne participent pas aux affrontements ? Et comment disposer ensuite d’explications permettant de comprendre les décisions prises ?


Ces questions ne sont pas une condamnation de principe du travail des forces de l’ordre. Elles sont celles d’une citoyenne et d’une élue qui cherche à comprendre une situation à laquelle elle a été directement confrontée.


J’ai un profond respect pour les fonctionnaires de police et les militaires de la Gendarmerie. Le maintien de l’ordre est indispensable. Ces femmes et ces hommes exercent des métiers difficiles, dans des circonstances parfois dangereuses, et doivent prendre des décisions complexes. Il serait injuste de prétendre apprécier l’ensemble de leur action sans connaître les informations dont ils disposaient.

Respecter les forces de l’ordre, sans renoncer aux questions

Mais le respect que nous leur devons n’interdit pas de questionner les dispositifs, de chercher à comprendre certaines interventions et de réfléchir aux moyens de renforcer la confiance entre les institutions et les citoyens.


Je pense aussi à celles et ceux qui suivent ces événements à la télévision ou sur les réseaux sociaux. Les images sont parfois partielles, les situations complexes et les réactions immédiates. Sans avoir été présente, j’aurais peut-être moi-même eu une perception différente.


C’est précisément pour cela que nous avons besoin de davantage de compréhension, de recul et d’informations fiables.


Je m’interroge notamment sur les modalités de pilotage des opérations de maintien de l’ordre, sur la coordination des moyens disponibles et sur les possibilités de contrôle et d’observation indépendants, dans un cadre compatible avec les nécessités opérationnelles. La présence de parlementaires ou de journalistes, selon des modalités à définir, pourrait contribuer à une meilleure compréhension de ces opérations ? Quelles pratiques mises en œuvre ailleurs pourraient nous aider à concilier plus efficacement sécurité, liberté de manifester et protection des personnes ?


Ce sont des pistes de réflexion, pas des réponses toutes faites. Elles méritent d’être examinées sérieusement. Car nous ne pouvons pas nous résoudre à ce que de telles situations se reproduisent sans chercher à en comprendre les causes et à en tirer les enseignements.


Nous avons collectivement un enjeu majeur : permettre aux citoyens d’exprimer leurs revendications sans que les violences de certains ne compromettent le droit de manifester, tout en garantissant aux forces de l’ordre les moyens nécessaires à leur mission.

Liberté de manifester et sécurité : deux exigences indissociables

Je sais que le maintien de l’ordre ne s’improvise pas et qu’aucune situation ne peut être résumée à quelques minutes observées depuis un quai de métro. Mais je crois que nous devons être capables de tirer les enseignements des événements, d’examiner les difficultés rencontrées et d’améliorer nos pratiques lorsque cela est nécessaire.


En tant qu’élue de la République, je souhaite que nos institutions puissent répondre à ces interrogations avec sérieux, sans procès d’intention, mais sans éluder non plus les questions soulevées par les citoyens.


Le droit de manifester est fondamental. La sécurité de tous et la capacité à maintenir l’ordre le sont également. Il nous appartient de rechercher les conditions qui permettent de garantir ces exigences ensemble.


Je suis rentrée de Paris avec de nombreuses questions et une inquiétude grandissante. Cette expérience a renforcé mon sentiment que nous devons être particulièrement vigilants face aux tensions qui traversent notre société.


Ma conviction est que la République doit être capable de protéger ses citoyens, de garantir leurs libertés dont celle de manifester sans peur et de faire vivre la confiance dans nos institutions. Et je pense que c’est aussi à nous, les maires, de porter ces valeurs, de les faire vivre au quotidien et de contribuer, à notre place, à ce que chacun puisse croire en la force de notre démocratie. »


Signé : Gaëligue JOS, maire, citoyenne et maman

 
 
 

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